Comment améliorer tes points faibles pour progresser en escalade

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Ce dont on va parler dans cette interview:

 

  • Quelle est la première chose à faire si tu es bloqué dans ta progression
  • Comment garder une motivation intacte quand on travaille ses points faibles
  • L’astuce simple pour savoir si tu te concentres suffisamment sur l’amélioration de tes points faibles
  • Quels sont les dangers de l’évolution spectaculaire de l’escalade
  • Quelle est l’importance des clubs dans l’accompagnement des nouveaux pratiquants
  • Le conseil sécurité ultra important concernant le prêt de matos

 


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L’interview:

 

François Bellet: Salut Fred et merci d’avoir accepté cette interview !

Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Fred Vionnet: Salut François.

Alors, je m’appelle Fred, j’ai 43 ans et je vis à Chamonix.

Je grimpe depuis 29 ans déjà et j’ai été champion de France junior de difficulté en 1993.

Je précise de difficulté, mais à l’époque c’était la seule discipline existante!

Je grimpe encore très régulièrement pour mon plaisir (3 fois par semaine environ), que ce soit en bloc, falaise, ou en grande voie: plus je suis au grand air, et mieux je me porte!

Au niveau professionnel, je suis salarié à temps partiel dans la salle Vertic Halle (Valais, Suisse) où je m’occupe de groupes sur l’année en entraînement et perfectionnement, et où j’ouvre également des voies et des blocs.

En parallèle j’entraine deux groupes au CAF Annemasse, et j’assure le suivi du « Groupe Grandes Voies » du CAF 74 (chaque promo est suivie sur deux ans).

Je suis également titulaire au Bureau des Guides des Carroz où j’encadre ponctuellement des sorties d’escalade et de via ferrata.

Et pour finir, ce qui me tient le plus à cœur, j’ai également mon site web www.grimpisme.com depuis huit ans déjà.

J’y propose des stages, du coaching personnalisé, et je m’exprime aussi…

 

François Bellet: Avant de passer au thème principal de cette interview, j’aurais aimé avoir ton avis sur l’évolution récente de la grimpe.

Notre sport a littéralement explosé ces dernières années avec, en point culminant, l’intégration au JO de 2020.

Que penses-tu de cette évolution ?

Fred Vionnet: Voilà un sujet sensible qui divise beaucoup!

 

François Bellet: Oui je sais ! Et c’est pour ça que ton avis m’intéresse. 😉

Fred Vionnet: Je me souviens d’une conversation avec Fred (le patron de Nograd) trois ans en arrière.

Il me disait que l’escalade n’avait pas besoin des JO, qu’elle était déjà en plein explosion.

A cette époque j’étais 100% pour les JO et je n’avais pas encore pris la mesure de ce développement.

Il faut dire qu’en Haute-Savoie nous sommes encore malheureusement en décalage avec tout ça, avec un gros manque de salles privées de qualité.

J’ai l’impression que l’évolution actuelle principalement tournée vers le plastique créée une génération de grimpeurs exclusivement pratiquante de grimpe en intérieur, en parallèle des grimpeurs classiques qui utilisent la résine pour l’entrainement et sortent le plus possible.

Cela ne me pose pas de problème du tout.

Par contre, quand le grimpeur de plastique va grimper dehors mais ne sait pas comment installer une moulinette, ne brosse pas les prises, là ça pose problème.

Et que dire quand il se plaint que le troisième point est trop haut!

 

 

François Bellet: Oui c’est un peu le problème de l’avènement de la grimpe « Fitness ».

J’ai récemment visité un salon de l’outdoor réservé aux professionnels et 90% de la communication étaient tournée vers ça.

Que penses-tu qu’il faille mettre en place pour régler ce problème ?

Fred Vionnet: J’estime avoir une responsabilité sur ce thème avec les jeunes que j’accompagne dans les clubs.

C’est crucial de les sensibiliser au respect de la nature, du rocher, et au dévouement des ouvreurs qui donnent de leur temps, de leur énergie, et souvent de leur argent.

Pour moi cela devrait être la PREMIÈRE PRÉOCCUPATION d’une fédération, la grimpe ne se résume pas à consommer.

J’en arrive de plus en plus à ne plus souhaiter l’entrée de l’escalade aux JO.

Surtout que cette entrée va probablement encore nous amener une vague de nouveaux pratiquants.

De toute évidence rien n’est préparé pour les former et en faire des pratiquants « conscients et durables ».

 

François Bellet: Effectivement…

Fred Vionnet: Pour en terminer avec les JO, le format de combiné me déplait, mais surtout la compétition de vitesse DANS SON FORMAT ACTUEL n’a aucun intérêt à mon avis.

Je pense que cet avis est très largement partagé.

Je considère même qu’elle fait du mal à l’image de notre sport.

J’avoue ne pas être grand fan du combiné.

Mais je pense que ça pourra évoluer par la suite, les JO de Tokyo n’étant qu’un premier pas.

 

François Bellet: Passons maintenant au thème principal de cette interview.

Je reçois beaucoup de messages de grimpeurs bloqués dans leur progression.

Ils savent qu’ils doivent travailler sur leurs points faibles… mais ont du mal à sortir suffisamment de leur zone de confort.

Que conseilles-tu aux grimpeurs et grimpeuses qui sont dans ce cas ?

Que leur dirais-tu pour les pousser à sortir de leur confort ?

Fred Vionnet: Déjà, si un grimpeur a une connaissance, même faussée, de ses points faibles, c’est un très bon début!

Ensuite il faut avoir la volonté de les améliorer, c’est la prochaine étape.

 

François Bellet: Que conseilles-tu alors ?

Fred Vionnet: La première chose à faire pour ça est un bilan de la façon dont on s’entraine, dont on pratique l’activité.

Par exemple, en notant simplement le contenu des séances réalisées sur un mois, le grimpeur de conti se rendra probablement compte qu’il fait finalement peu de travail de ses qualités de force.

Inconsciemment il va plus aller vers ce qu’il sait faire le mieux, mais retiendra les quelques séances de bloc qui lui donnent l’impression d’avoir travaillé son point faible.

Ensuite il va falloir réorganiser sa pratique, et c’est le plus dur car on doit aller contre sa nature, donc sortir de sa zone de confort.

 

François Bellet: Justement, existe-t-il des techniques, des astuces pour aider ceux qui le souhaitent à sortir de leur zone de confort ?

Autrement dit, qu’est-ce qu’un grimpeur peut mettre en place pour trouver la motivation nécessaire ?

Fred Vionnet: Par exemple et pour schématiser, le grimpeur de conti va devoir travailler sa force et donc grimper beaucoup moins.

Grimper moins, c’est à dire sur des enchainements plus courts, plus durs, avec moins de répétitions, plus de repos, et probablement moins de séances.

Le grimpeur puissant sera quant à lui contraint d’accepter de grimper beaucoup plus longtemps et souvent.

Ou encore le grimpeur qui ne sait pas poser ses pieds va être contraint de s’imposer de passer du temps dans les dalles.

Et effectivement se confronter à ses points faibles peut être démotivant, surtout au début quand on n’a pas encore fait de progrès.

Pour mieux vivre cette transition, je conseille d’être progressif en commençant avec des séances courtes et espacées, puis de varier les exercices le plus possible (ce qui demande de préparer sa séance).

Il est également très important de ne jamais oublier pourquoi on veut améliorer ce point faible, en ayant par exemple une voie en tête qu’on aimerait réussir, mais aussi et surtout de ne jamais laisser tomber ses points forts.

Travailler ses points faibles est indispensable pour garder son efficacité et se faire plaisir.

 

François Bellet: Bien d’accord avec ça.

J’aimerais qu’on revienne sur ce qu’il est, selon toi, nécessaire de faire pour sensibiliser les nouveaux pratiquants à la grimpe « consciente et durables ».

Qu’est-ce que tu dirais à ces grimpeurs ? Quel message veux-tu leur faire passer ? Et surtout que leur conseilles-tu de faire pour développer une grimpe moins « consumériste » ?

Fred Vionnet: Tout d’abord je voudrais préciser que je n’ai rien contre les gens qui ne pratiquent l’escalade qu’en intérieur, ni contre ceux qui l’on découverte de cette manière.

Il n’y a aucun jugement de valeur là-dedans.

D’ailleurs je grimpe finalement peu dehors pour mon plaisir actuellement, le temps manque.

Le souci est que les règles du jeu ne sont pas les mêmes à l’intérieur qu’à l’extérieur.

 

François Bellet: C’est à dire ?

Fred Vionnet: Quand tu payes pour grimper dans une salle d’escalade privée, tu donnes de l’argent pour le chauffage, le ménage, des points d’assurages aux normes et vérifiés, des blocs ou des voies pas trop sales et bien tracées.

Tu as une exigence de client, et c’est logique.

Par contre cette logique commerciale ne tient pas si tu grimpes en extérieur.

Déjà il faut respecter l’environnement naturel, et ça passe entre autre par le brossage des prises.

Si tu les laisses tes tickets à la fin de ta séance, personne n’est payé pour les brosser à ta place.

Puis vient le problème sécuritaire de l’entretien de l’équipement.

Si le maillon rapide du relais est très usé et que tu t’en rends compte, c’est déjà un bon point.

Mais si tu descends dessus quand même et que tu n’agis pas, là ça pose problème.

Le gars qui a posé ce relais l’a peut-être payé de sa poche, et a très probablement équipé la voie bénévolement, sans contrepartie financière.

 

fred vionnet grimpisme

 

François Bellet: Que faire dans ces cas-là du coup ?

Fred Vionnet: Signaler à l’équipeur cette dégradation, au club local, au grimpeurs habitués, ou encore mieux remplacer soit même ce maillon rapide est indispensable.

Le travail des équipeurs n’est pas assez mis en avant, voir même on leur met des bâtons dans les roues (voir le dernier coup de gueule de Michel Piola sur son compte Facebook, concernant le vol de matériel et la mise en danger).

C’est aux clubs, aux fédérations, et aux professionnels de l’encadrement de sensibiliser les nouveaux grimpeurs à tous ces aspects de la grimpe en extérieur.

De tout évidence il est grand temps de réagir.

Quand je vois l’état du rocher ou du pied des voies à Oltre Finale ou encore Céüse, ça me fait bondir !

Les initiatives de l’association Greenspit sont formidables et j’espère qu’elles vont faire bouger les choses.

Dernière chose, on tape beaucoup sur la FFME et à juste titre.

Mais les salles privées auraient peut-être logiquement un rôle à jouer également non ?

Elles sont des acteurs majeurs du développement de l’activité désormais.

 

François Bellet: Tout à fait d’accord. Les SAE poussent comme des champignons et leur impacts sur le comportement des grimpeurs est considérable.

C’est effectivement une piste d’amélioration qui me semble très pertinente.

Je conseille souvent de prendre un moniteur quand on débute en falaise, plutôt que de se contenter d’un « pote qui connaît ».

J’ai d’ailleurs connu une petite mésaventure à ce sujet :

Lors d’une de mes premières sorties en falaise, je m’étais fait prêter une corde.

Arrivé sur site, je commence à discuter avec l’encadrant d’un groupe déjà présent sur place… et il me demande si je connais l’historique de cette corde.

En bon débutant, je lui réponds que pas du tout, que c’est une connaissance qui me l’a prêtée… mais qu’elle ne m’a donné aucune indication.

Et là…

…le gars a eu une réaction qui m’a surpris sur le coup, mais que j’ai vite compris par la suite : il m’a interdit de grimper avec cette fameuse corde.

Pour quelle raison ?

Tout simplement car je n’avais aucune information sur son état : avait-elle connu de nombreux chocs ?

Avait-elle des dégâts impossible à voir l’œil nu ?

Avait-elle pu être dégradée par l’abrasion ?

Je n’en avais aucune idée.

Ce jour-là, j’ai quand même fini par grimper grâce au moniteur présent sur place qui m’a prêté du matos qu’il connaissait très bien et sur lequel il n’y avait aucun problème de sécurité.

Mais je t’avoue que ça m’a bien ouvert les yeux sur les exigences bien différentes entre la salle et la falaise.

Pour en revenir au training, et comme on l’a dit juste avant, le travail des points faibles est critique pour la progression et cela passe par un peu de structuration des séances.

Lors d’une discussion avec un entraineur, il m’avait confié qu’il aimait bien alterner des exercices purement spécifiques (et pas forcément très funs) avec des « jeux » à faire sur le mur.

Quelle est ta vision des choses sur ce point ?

Fred Vionnet: S’entrainer doit rester un plaisir le plus possible, même si il faut accepter de se confronter à la fatigue et aux difficultés.

Les exercices spécifiques comme par exemple les tractions ou les séries d’abdominaux ne sont pas passionnants pour la plupart des grimpeurs et doivent être pratiqués à minima.

S’entrainer avec les chaussons aux pieds reste le plus efficace et le plus motivant. Et fort heureusement ce type d’entrainement peut et doit rester majoritaire tant qu’on n’est pas à haut niveau!

 

François Bellet: Tout à fait d’accord !

D’ailleurs, peux-tu nous en dire plus sur ta façon de coacher ?

Comment tu procèdes à partir du moment où une personne fait appel à tes services ?

Fred Vionnet: Déjà il faut savoir que je ne propose pas de planification en ligne, cela ne m‘intéresse pas.

Généralement, quand une personne me contacte, nous allons grimper ensemble, si possible en extérieur.

La plupart du temps, sa progression va passer par des conseils techniques et tactiques, des exercices à réaliser, des habitudes à changer.

Au niveau de l’entrainement physique, une réorganisation finalement assez simple suffit largement (voir: https://www.escalade.pro/news/notions-entrainement-physique-escalade/).

L’entrainement physique devient primordial pour le niveau national ou international si on parle de compétition.

Pour la grimpe en extérieur, avant le 8a falaise ou le 7b bloc, il ne faut pas se focaliser sur l’entrainement physique.

 

François Bellet: Peux-tu nous dire comment les grimpeurs et les grimpeuses qui voudraient faire appel à tes services peuvent te contacter ?

Fred Vionnet: On trouve mes coordonnées sur le site www.grimpisme.com.

Pour le coaching, j’interviens sur les falaises et salles de Haute Savoie et de Suisse Romande.

Nous proposons aussi des stages et des weekends sur des spots comme Fontainebleau ou Céüse par exemple.

Je dis nous car je travaille avec Jordi Puig, mais l’équipe va prochainement s’agrandir avec de nouveaux pros et des nouvelles propositions pour partager notre passion et faire progresser les grimpeurs.

A suivre dans les prochains mois…

 

fred vionnet grimpisme

 

François Bellet: Merci à toi Fred d’avoir répondu à mes questions!

Fred Vionnet: Pas de souci, c’était un plaisir!

 

François Bellet: Bonne grimpe 🙂

Fred Vionnet: A toi aussi!

 

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